Writings about music

 

  La musique ou le passage des interprétations (Pierre Henry Frangne)

  Boris de Schloezer, Introduction à Jean Sebastien Bach (Pierre Henry Frangne)

  L'Espagne rêvée d'Aloysius Bertrand et de Maurice Ravel (Teófilo Sanz)

  La sonate pour piano n°29, op. 106 Hammerklavier de Beethoven (Pierre Froment)

  Les Davidsbündlertänze, op. 6 de Schumann (Pierre Froment)

  Im Abendrot (Michel Wagner)

  Joseph Haydn Les Symphonies n°44 en mi mineur Funèbre, n°53 en ré majeur L'impériale, n°67 en fa majeur et n°85 en si bémol majeur La Reine (Jean Dupart)

  Joseph Haydn Trios pour piano violon et violoncelle (Jean Dupart)

  Echoes of the Battlefields (EN) (Olivier Feignier)

  L'Echo des Batailles (FR) (Olivier Feignier)

  L'ivresse musicale dans La Nouvelle Héloïse de Jean Jacques Rousseau (Teófilo Sanz)

  Jean Cras and his Chamber Music (EN) (Alexis Galpérine)

  Jean Cras et la musique de chambre (FR) (Alexis Galpérine)

  La poésie de l'eau et de la mer, entre la mélodie française et une poétique de l'instrumentation (Teófilo Sanz)

  Daniel Steibelt in 2015, the year of the 250th anniversary of his birth (EN) (Olivier Feignier)

  Daniel Steibelt en 2015, l'année du 250e anniversaire de sa naissance (FR) (Olivier Feignier)

  L'art et la douleur (Jérôme Porée)

  In Memoriam (Pierre Froment)


06. Im Abendrot - Michel Wagner.htm Im Abendrot

Im Abendrot

Au crépuscule

 

Tu m’as appris le baiser amoureux, son avidité croissante, sa tendresse d’amadou qui enflamme nos lèvres, génie sensuel jaillissant de la lampe de chair où nos langues filent un feu doux. 

Les ponts mosans enjambent le soleil couchant, le fleuve s’ouvre les veines.  Nous avons vécu l’après-midi à contrecœur et regardons maintenant à contre-jour les chalands éperonner la lumière amarrée sous les arches.  L’air cotonneux peluche, le soir descend par les jardins en gradins ; les petites filles échelonnent les pavés pour la marelle, y déposent un petit palet.  Nos ombres enlacées sont si longues, si longues que les gens marchent dessus.  A l’horizon les toits des faubourgs flamboient.  Dans ma tête « Im Abendrot » de Richard Strauss me pose sa question sereine articulée sur six notes : « Ist dies etwa der Tod »…fa dièze, fa dièze, la, la, si bémol, do bémol...  « Est-ce cela, la mort ? » 

Le sang  noir de la Meuse coule au cœur de la ville ; et le fleuve de plus en plus sombre sombre en lui-même comme les dernières mesures du Lied.  Soudain les rires des petites filles, pareils aux flûtes des six dernières mesures, trillant par-dessus le lent naufrage des cordes basses, me rappellent à la sérénité, me donnent la paix du point d’orgue, accord de six notes, ouvert sur la plénitude d’une interrogation sans réponse.

 

Michel Wagner, romancier et essayiste

 

Texte publié dans la revue « l’Education musicale », n° 555-556.

(Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de la revue)

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